L'ADN "rongé" par l'angoisse, de la rongeasse aux télomères...

Philip K. Dick aurait-il vu juste ? Dans Martian Time Slip [1], le maître de la SF décrivait le mal autistique comme un démon intérieur "rongeant" littéralement l'esprit d'un petit télépathe… Le terme anglais "Gubbler", étant traduit en français par celui de "Rongeasse". Plusieurs décennies plus tard, l'empreinte dickienne refait surface dans W.O.M.B. [2] de Thomas Becker et Sébastien Wojewodka : “La rongeasse me dévore, mais envers et contre tout, je suis vivant.”
Ce terme, récurrent tout au long de la nouvelle de Thomas Becker, « Channel Chain Schizoid », devient alors le leitmotiv de l'écoulement du temps usant l'esprit du malade.
Entre fiction et littérature, on ne le sait que trop bien, la frontière est parfois ténue. Dans le dernier numéro de Science et Vie [3] des scientifiques expliquent que certains traumatismes de notre vie peuvent modifier notre ADN de manière spectaculaire, “comme s'il était "rongé" par l'angoisse”.
Plus précisément, l'extrémité des chromosomes (le télomère), qui s'use naturellement avec le vieillissement, se retrouve considérablement raccourci, comme usé précocement chez des patients angoissés.
Les auteurs de W.O.M.B. avaient donc vu juste en faisant de la rongeasse un temps dévoreur : "La rongeasse - le temps qui me précipite vers ma fin, sans en avoir l'air."

Mais ce n'est pas tout, en plus du raccourcissement des chromosomes, certains traumatismes peuvent laisser chez les personnes traumatisées - et même chez leur descendance - des "erreurs d'étiquetage" dans les zones du cerveau qui influe sur l'utilisation des gènes, en particulier au niveau de l'hippocampe, zone qui contrôle les réponses au stress : c'est la "méthylation", phénomène qui "empêche physiquement l'expression des gènes en se plaçant sur l'ADN", explique l'article de Science et Vie. Une comparaison de cette partie du cerveau a été effectuée entre des schizophrènes et des témoins normaux : 40 gènes présentaient une "méthylation anormale" chez les psychotiques. Les schizophrènes seraient donc moins bien armés contre le stress, anormalement angoissés.
D'après l'article, rien n'est pourtant irréversible. Des études faites sur les rats ont montré que le Prozac (sic) et d'autres médicaments régulateurs des troubles de l'humeur chez les psychotiques permettaient de corriger les "erreurs d'étiquetage".

La manipulation du marquage épigénétique augmentant ou diminuant l'angoisse et le stress : de belles pistes, pour de futures trames science-fictionnaires… Article à lire donc...

1. Philip K. Dick, Martian Time Slip, London : Millennium, (1964) 1999.
2. La première nouvelle « Channel Chain Schizoid » est le monologue d'un anonyme enfermé dans un étrange appartement, avec pour seul interlocuteur une intelligence artificielle nommée Avatar. S'insinue alors paranoïa et purs délires psychotiques…
Thomas Becker et Sébastien Wojewodka, W.O.M.B., Paris : ActufSF, 2009.
3. Science et Vie n°1110, mars 2010, p. 99 à 102.


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