Les rats nouvelle ajoutée le 15/08/2010 à 21h41
Par Manon Styx
Ce jour-là, en se rendant chez un psychiatre pour la première fois, Damien avait la peur au ventre.
Et si jamais le psy le faisait interner directement ? Il le ferait sûrement après avoir écouté le jeune
homme... Damien ne fut pas rassuré lorsqu'il s'enfonça dans le fauteuil en face du Dr Mollin. Le
médecin d'une quarantaine d'années semblait bienveillant avec son sourire en coin, mais il était
désespérément silencieux, l'observant avec insistance par dessus ses petites lunettes rectangulaires.
"Certainement un de ces psy qui te laissent parler, c'est mal barré", se dit Damien.
Pendant une bonne minute, tous deux restèrent immobiles, se fixant l'un l'autre. Damien avait décidé
d'attendre le plus longtemps possible, histoire de tester les réactions du psy. Au moment où le jeune
homme faillit craquer sous le silence beaucoup trop pesant, Mollin se redressa en inspirant fortement
et lui demanda presque en chuchotant : "Qu'est-ce qui vous amène jeune homme ?"
Et voilà, le moment fatidique était arrivé malgré les vaines tentatives de Damien pour le retarder. Il
se prépara, résigné, à passer pour un fou.
- Je vois des trucs, commença-t-il. Le psychiatre ne sembla pas surpris, et l'encouragea à continuer
d'un signe de la main.
- Ben, je vois des choses, des choses plutôt magiques, qui m'arrivent à moi et aux autres, continua
Damien.
- Des choses positives ou négatives ? Décrivez-les-moi.
- Des choses plutôt sympa, oui. Je vois des couleurs, enfin des auras autour de certains passants
dans la rue. Des fois dorées, des fois roses, ou vertes, ça dépend. Mais à chaque fois que je passe près
d'eux, j'ai des visions de leur avenir, mais vous voyez, de leur avenir très proche. Quand je dis visions,
ce sont parfois des images mais la plupart du temps c'est une voix, qui me prévient. Par exemple
l'autre jour j'ai frôlé une vieille dame dorée et j'ai entendu dans ma tête une voix me dire : "Fais gaffe,
elle va tomber !", alors je me suis vite retourné et j'ai saisi son bras pile au moment où elle a
commencé à trébucher sur une feuille d'arbre, je l'ai sauvée. J'ai déjà sauvé plein de gens comme ça.
Mollin acquiesça puis prit des notes en silence sur un carnet devant lui.
- Docteur... Crachez le morceau, je suis schizo ? Je sais que tout ça ne peut pas être réel, je me
doute bien que je suis cinglé.
Mollin posa ses lunettes sur son bureau puis se frotta le menton d'un air pensif.
- C'est une possibilité mais je dois en savoir plus. Mis à part vos... visions, ressentez-vous d'autres
choses inhabituelles ?
- Hum, ce qui m'inquiète le plus c'est que parfois j'ai des phases où je ne ressens plus rien, comme
si j'étais imperméable aux sentiments. Il y a quelques mois, ma meilleure amie m'a annoncé en
pleurant que sa mère venait de mourir dans un accident de voiture. D'habitude on est très proches mais
là, je ne sais pas pourquoi, j'ai osé lui dire "C'est ballot". C'est quand elle m'a giflé que j'ai compris que
je n'avais pas eu la réaction adéquate, du coup j'ai fait semblant de pleurer pour la rassurer. Elle a vite
oublié ma drôle de réaction, pensant que j'avais été choqué par la nouvelle. Mais ça n'était pas ça, la
nouvelle ne m'a juste rien fait du tout.
- Je vois. Autre chose ?
- Oui, il y a ce truc bizarre : parfois j'ai l'impression que mes membres ne sont pas à moi, ils
pendouillent comme ça dans le vide, comme s’ils étaient morts, enfin indépendants de mon corps. Des
fois je me dis qu'on a dû me les coller, les coudre peut-être. Ça me fait peur quand je ressens cela, du
coup je reste immobile à les regarder tant que la sensation ne s'est pas évaporée. Dans ces moments là
tout me semble étrange autour de moi, j'ai l'impression d'être enfermé dans un faux décor. Sinon je
crois que c'est tout, niveau trucs bizarres.
- D'accord. Et avec vos parents, vos amis, votre petite amie éventuellement, tout va bien ?
- Ben je n'ai plus de parents depuis mes neuf ans, et depuis le bac j'ai un peu perdu tout le monde de
vue, vous savez ce que c'est. Du coup depuis trois-quatre ans je ne vois plus ni ma famille d'accueil
avec qui j'étais de toute façon en conflit permanent, ni mes quelques amis d'école. Ma meilleure amie
est partie vivre à l'étranger en plus, depuis la mort de sa mère. Et de toute façon, on se voyait de moins
en moins. Sinon je n’ai pas de petite amie.
- Vous aimeriez revoir vos amis, votre famille ? Vous aimeriez être amoureux ?
- Je dois avouer que ça ne me manque pas particulièrement à vrai dire, tout seul je trouve toujours
de quoi m'occuper.
- Comme quoi par exemple ?
- Avant je lisais beaucoup mais je n'y arrive plus trop, au bout de quelques lignes je décroche, je
n'arrive plus à me concentrer. Sinon je vais sur le net, je joue à des jeux vidéo, je regarde des films,
j'aime bien être tranquille quand même.
- Vous diriez que vous vous sentez différent depuis combien de temps ?
- Ouh là au moins deux-trois ans. Au début c'était juste des sensations étranges et puis ces derniers
mois, les visions se sont rajoutées. C'est de pire en pire, et de plus en plus réaliste. Je me suis dis que
c'était le moment de me radiner avant que je ne mélange complètement la réalité avec mes délires.
- Vous avez bien fait. Bon avec tous ces éléments je suis en mesure de poser un diagnostic, mais il
faut que vous sachiez, avant que je vous en parle, qu'il ne faut pas en avoir peur.
Damien sentit comme une hache s’abattre sur sa tête.
- C’est pas un peu tôt pour savoir ce que j’ai ? s’énerva-t-il. Pff je suis un gros schizo, hein ? Génial. Je vais bientôt me mettre à me prendre pour un autre et à buter des gens c'est ça ?
- Quelle drôle d'idée, je ne pense pas non, vous n'êtes pas psychopathe. Je pense que vous êtes atteint de schizophrénie paranoïde, et il y a peu de risques pour que vous deveniez dangereux un jour. Vous avez une vision trop négative de la schizophrénie. Peu de malades commettent des actes de violence, vous savez.
- Paranoïde ? Vous voulez dire que je me sens persécuté et tout le tralala ? Pourtant non ce n'est pas le cas, je vois juste des auras et j'entends des voix mais elles ne sont pas mauvaises.
- Paranoïde n'est pas toujours synonyme de paranoïa dans ce cas. Cela veut juste dire que vous avez des bouffées délirantes. Par contre habituellement ces délires sont assez flous et changeant, contrairement aux vôtres qui sont précis avec un thème récurrent.
- Qu'est-ce que cela implique ?
- Cela implique que vous êtes spécial... Vous savez Damien, j'étudie la schizophrénie depuis de longues années, et je n'ai rencontré que deux ou trois sujets comme vous.
- Comment ça, comme moi ?
- Vous avez su canaliser votre psychose et la transformer en quelque chose de positif. Savez-vous pourquoi les schizophrènes sont malades ? Les chercheurs invoquent souvent des causes multiples, à la fois psychologiques, environnementales et biologiques. D'autres pointent plus particulièrement du doigt un gène muté qui pourrait être responsable de la schizophrénie. Je fais partie de ceux-là, mais j'ai fait en plus des découvertes fondamentales : tout d’abord, il n'y a pas un gène responsable mais plusieurs. Ce qui est étonnant c'est que le nombre de gènes mutés est variable. En réalité, je me suis aperçu qu'un des gènes, toujours le même, influence et fait muter tous les autres. Selon qu'il est activé ou pas, il fait muter un certains nombre d'autres gènes. Ce gène, c'est la source, si vous voulez, celui qui déclenche tout, comme lorsqu'on pousse un domino. Pour le moment, la communauté scientifique n’est pas au courant de mes recherches, car je monte justement un dossier, que je veux blindé et sans failles. Je ne peux pas le présenter en ayant le moindre doute.
- D'accord. Vous dites que le gène peut être activé ou pas, ça veut dire quoi ? On a donc tous ce gène en nous ?
- Exactement, on possède tous ce gène, mais chez la majorité des gens, il est verrouillé, désactivé. Chez les schizophrènes, il est activé, généralement à l'adolescence ou peu après, grâce à l'épigénétique. Peu après son activation, ce gène, ce domino, fait dégringoler les autres au fur et à mesure, mais je n'en connais pas les raisons.
- épigénétique ?
- Partons de la base, l'ADN : l'ADN contient toutes les instructions qui déterminent notre génome. Disons pour simplifier que c'est un manuel de construction de l'être humain. Les gènes sont des segments de cet ADN contenant les instructions qui seront transmises aux cellules construites. On a environ 30 000 gènes, ce qui est à peu près autant qu'une plante. Ceci n'explique donc pas la complexité du corps humain. Mais ces gènes représentent moins de 10% de l'ADN total, au plus large des calculs ! Jusque-là on ne savait pas grand chose sur les 90% de l'ADN restant, qui semblait passif voire inutile, ne construisant pour ainsi dire rien de concret. En fait il n'en est rien, cette partie contient des informations essentielles qui permettent d'interpréter l'ADN de différentes manières, et ainsi de verrouiller ou pas les gènes, créant de la diversité et des multitudes de possibilités au niveau de la construction des êtres humains. L'épigénétique c'est cela, une sorte de décodeur du manuel de construction.
- Pourquoi le lecteur a déconné dans mon cas et pourquoi a-t-il activé le domino ?
- Les phénomènes épigénétiques sont encore mal connus mais peuvent être liés à l'environnement, l'alimentation ou même un choc émotionnel.
- Les schizo peuvent donc l'être parce qu'ils ont mangé quelque chose qu'il ne fallait pas ou que leurs parents sont... morts trop tôt par exemple ?
- C'est probable mais comme vous vous en doutez, tous les orphelins ne deviennent pas schizophrènes, il y a donc sûrement des facteurs multiples et précis qui y conduisent, qui restent inconnus malgré mes recherches.
- Et ce gène source, il sert à quoi ? Pourquoi il fout tout en vrac ?
- C'est là où ça devient intéressant. J'ai fait une expérience ahurissante : j’ai pris des rats, que j'ai séparés en deux groupes. J'ai activé le gène sur le premier groupe et laissé le deuxième tel quel en temps que groupe témoin. Pendant longtemps je n'ai pas observé de différences entre les deux groupes. Puis j'ai eu l'idée de les filmer pendant mes absences. Et un jour je me suis aperçu avec stupeur que la totalité du premier groupe commençait à s'agiter anormalement alors que j'étais dans la salle d'à côté, porte close, en train de faire subir une série de tests à un de leur congénère pourtant silencieux. Le deuxième groupe, lui, restait sans réaction.
Damien écarquilla les yeux, incrédule, et dit :
- Qu'essayez-vous de dire ? Ils ont fait heu... de la télépathie ?
Mollin sourit en acquiesçant d'un air mystérieux.
- Vous êtes sérieux ? De la télépathie ? Cela me semble quelque peu... risible tout de même, des rates télépathes.
- Riez tant que vous le voulez, et appelez cela comme bon vous semble, télépathie, clairvoyance, ou plus simplement sixème sens... Je n’ai pas encore déterminé ce que c’est vraiment. Mais j’ai observé ce phénomène, et à maintes reprises. Les schizophrènes ne sont pas malades Damien, ils ont un don, vous avez un don.
Damien, abasourdi, crut avoir mal entendu. Depuis quand ces machins surnaturels existaient-il réellement ?
- Quand vous avez ces visions Damien, que vous entendez ces voix, tout cela est en fait bel et bien réel.
- Si les schizo voyaient l’avenir ou un truc du genre, ça se saurait et ils en parleraient tous.
- Ils ne s’en rendent même pas compte, à cause des dominos qui tombent, des autres gènes mutés. Selon ceux qui tombent, ils ont des symptômes supplémentaires. Voilà ma théorie : le pouvoir produit par le gène source est trop puissant, trop intense. Le gène transmet trop d'informations et nécessite trop d'énergie. Au fur et à mesure, il détériore et mute les autres gènes à son contact. L'individu se détériore également. à la fin, le pouvoir du gène source est masqué par les autres caractéristiques négatives induites par les gènes mutés. Pour des raisons inconnues, le gène source ne mute pas toujours les mêmes gènes, c'est cela qui crée les différentes formes de schizophrénie.
- Incroyable... On serait donc des sortes de médiums détruits par leur propre pouvoir. Mais pourquoi avez-vous dit que j'étais spécial ?
- Dans certains cas, et je pense que c'est le vôtre, peu voire aucun gène ne sont touchés par le source. Cela laisse donc un individu quasi normal qui possède le don sans les effets secondaires. - Mais j'en ai moi, avec mon délire d’auras, mes membres et aussi le...
- ...Mais c'est tout à fait minime cela Damien, en comparaison des autres schizophrènes. Vous, vous restez lucide, vos visions sont claires et surtout, vous ne déviez pas ces visions. La plupart des schizophrènes ne supportent pas leur don, aussi au lieu de se laisser aller vers lui, ils le masquent par des délires flous sans queue ni tête. Vous non, vos visions restent intactes. Je n'ai rencontré que deux cas comme vous auparavant.
Damien, abasourdi, fit signe au psychiatre qui comprit qu'il avait atteint sa limite pour le moment. Il partit lui chercher un verre d'eau que le jeune homme avala d'un trait, et le laissa se remettre sans dire un mot. Quand il fut prêt, Damien reprit la parole, non sans difficultés.
- Il y a une chose que je ne comprends pas. Vous m'avez dit que vous ne saviez pas ce qui causait l'activation du gène. Pourtant, vous dites ensuite l'avoir activé sur les rats. Comment avez-vous donc pu faire ?
Un silence pesant s'installa de nouveau dans la salle. Damien crut voir s'évanouir le sourire en coin de Mollin qui s’exclama soudain :
- La main de Dieu Damien, la main de Dieu ! Habituellement c'est lui qui choisit les agneaux. Mais il m'a confié une mission pour que je perpétue son oeuvre et il me donne des coups de pouce de temps en temps. Je suis presque arrivé au bout de ma mission et quand j'en aurai terminé avec toi, je pourrai choisir les élus qui possèderont le don à sa place.
Damien, immobile, fixa Mollin pendant un bon moment avec stupeur. Qu'était-il en train de se passer ? Avait-il bien entendu ? Peut-être était-ce une tentative d'humour ? Mais si Mollin avait blagué, pourquoi ne riait-il pas et pourquoi l'atmosphère ne se détendait-elle pas ? Cela faisait au moins deux bonnes minutes désormais. L'adrénaline monta aux sinus de Damien comme la moutarde et lui fit couler le nez. S'essuyant maladroitement du revers de sa manche, il se mit à réfléchir aux options à sa portée, la gorge sèche. Il se décida, essayant de contrôler les tremblements de sa voix : - Bon et bien en tout cas merci Docteur, dit-il en se levant, je pense que cette discussion m'a bien aidé, là je dois y aller mais je prends immédiatement rendez-vous avec votre secrétaire pour un rendezvous la semaine prochaine.
à son grand soulagement, Mollin le laissa faire. Peut-être que la schizophrénie du jeune homme l'avait encore poussé dans un autre délire et qu'il avait imaginé la scène de tout à l'heure ? Il se dirigea vers la porte mais sa tête se mit à tourner et une grande fatigue l'envahit soudainement. Tout à coup, Mollin se leva et se rendit devant la porte, barrant le passage de Damien qui n'arrivait plus à mettre un pied devant l'autre.
- Oh non mon garçon, vous ne passerez pas cette porte, lui murmura-t-il en souriant.
- Laissez-moi, bégaya Damien qui sentait la panique monter en lui, impuissant. Pou... poussezvous...
Il leva avec difficulté un bras vers le psychiatre, puis ce fut le trou noir.
En ouvrant les yeux, Damien aperçut le psychiatre au dessus de son visage lui souriant.
Visiblement, celui-ci l’avait emmené ailleurs car le jeune homme ne reconnut pas les lieux. Il tenta en vain de bouger les bras et les jambes.
- Alors mon garçon, prêt à accomplir le dessein de Dieu avec moi ? Tu dois vouloir essayer de bouger mais tu ne peux pas, je t'ai injecté un puissant neuroleptique doublé d'un somnifère qui peuvent tout juste t'autoriser à cligner des paupières. Tu dois te demander ce que je vais te faire ? C'est tout simple, comme je te l'ai dit, Dieu veut en quelque sorte déléguer des tâches. Il m'a informé en rêve que si j'arrivais à percer le secret des schizophrènes, donc finalement le secret de fabrication de Dieu en personne, je pourrais reproduire le mécanisme et choisir les futurs détenteurs du don moi-même. Je pourrais certainement me l'inoculer aussi par la même occasion. Tu as tellement de chance, t'en rendstu seulement compte ? Hélas, étudier vos cerveaux et vos ADN n'est pas anodin, je dois le faire pendant que vous êtes encore vivants. Oh ne t'en fais pas, tu ne sentiras rien, je ne suis pas un barbare. Par contre tu n'y survivras pas, les morceaux que je testerai puis prélèverai t'en empêcheront. Mais tu auras servi à une cause juste et noble, tout comme tes vingt-six camarades précédents. Imagine-toi que dans le lot, seuls deux possédaient tes capacités ! Leur mort m’a chagriné. Mais grâce à eux et à toi, je comprendrai bientôt tout, il ne me manque que quelques informations. Allez ! Commençons.
Damien sentit les larmes couler sur ses joues et lui brouiller la vue, il les chassa en clignant des paupières. Quelle malchance d'avoir choisi ce psychiatre complètement cinglé... Et quelle triste fin ! Depuis le début ce dégénéré n'avait raconté que des mensonges, basés sur des théories fumeuses, qu'il avait presque réussies à faire avaler au jeune schizophrène. D’ailleurs, l’était-il vraiment ? Damien regretta d'avoir trouvé la faille de son histoire idiote. Il songea qu'il serait peut-être encore libre si seulement il était parti à la seconde où Mollin avait commencé à parler de télépathie, de voyance et autres absurdités.
Mollin se dirigea rapidement vers un plateau où il saisit un scalpel. Damien espéra de toutes ses forces que cette saleté de psy s'empêtrerait les pieds et qu'il s'effondrerait au sol. Et à sa grande surprise, ce fut exactement ce qui se passa : tout à coup Mollin dérapa et culbuta en arrière sur le sol, se fracassant le crâne violemment dans un craquement sinistre. Mais une seconde plus tard, Damien vit avec rage que le psychiatre n'était pas tombé, il se trouvait à présent de nouveau au dessus de lui, le scalpel à la main.
"Foutues hallucinations, c'est bien le moment", pensa-t-il et Mollin de reprendre la parole :
- Tu dois te demander pourquoi Dieu ne me donne pas directement le pouvoir d'inoculer le don, au lieu de me faire étudier si dur et si longtemps ? Et bien c'est parce qu'il n'aime pas que les hommes prennent le chemin le plus facile ! Le chemin le plus facile mène à l'enfer, les routes semées d'embûches mènent au paradis ! Et de plus...
Mollin continua son discours délirant mais Damien ne l'écoutait plus, occupé à réfléchir à quelque chose qui le titillait. S'il pouvait pleurer, il pouvait certainement pisser aussi. Se concentrant, il relâcha tous ses muscles et ferma les yeux. La voix furieuse de Mollin s’éleva :
- Idiot, tu l'as fait exprès, n'est-ce pas ? Si tu crois gagner du temps comme ça, soit... Mollin disparut de son champ de vision et revient peu de temps après avec de l'essuie-tout. Il lui lança d’un air supérieur :
- Finir dans une marre de pisse c'est vraiment b...
Mollin glissa dans l'urine et tomba à la renverse. Le craquement du crâne indiqua à Damien que le choc avait été fatal, cette fois-ci.
Le jeune homme eut cinq heures pour réfléchir à tous les récents événements, jusqu'à ce qu'il put enfin recommencer à bouger. Il ne trouva pas d'explication qui puisse répondre à toutes les questions qu’il se posait, et se demanda à partir de quand Mollin avait commencé à mentir.
En se levant, il s’aperçut qu’il se trouvait dans une sorte de laboratoire, et vit Mollin étendu sur le sol, la tête auréolée d'une flaque de sang presque noire. Quelques jours plus tard, les policiers retrouvèrent vingt-six corps d'hommes et de femmes dans la luxueuse propriété du défunt psychiatre.
Ils mirent également la main sur des centaines de vidéos. Damien insista pour regarder l'une d'entre elle, étiquetée "Rats N°7". On y voyait une pièce séparée en deux par un grand rideau noir. D'un côté, deux grandes cages numérotées 1 et 2 contenaient des rats vivants. De l'autre, Mollin approchait une seringue d'un rat semblant mort ou endormi. Au moment où l'aiguille pénétra l’animal, tous les rats de la cage numéro 1 se mirent à couiner et à courir dans tous les sens.
© Manon Styx - Ce texte est la propriété de l'auteur. Sa reproduction intégrale ou partielle en est strictement interdite.
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23-02-2012 
